J’ai commencé ma recherche par l’aquarelle. Toute à mes gouttes d’eau et mes couleurs, les gestes simples de mes peintures ont fait éclore, entre vides et pleins, des univers insaisissables et cette lumière vivante qui me touche tant chez Vermeer ou Ann Veronica Janssens. Après plusieurs centaines de peintures, probablement sous l’influence de Franz West, j’ai commencé la sculpture, utilisant des matières pauvres comme le plâtre et le papier mâché. J’ai toujours pris conscience de ce que mes oeuvres reflétaient, après coup. Leurs formes organiques rencontraient dans leur développement un monde sensible reflet du monde intelligible et, si elles laissaient planer un doute sur la réalité de leur substance, elles trouvaient un écho dans celles que montrent, en science, la biologie, la physique, la cosmologie, la minéralogie ou encore la neurobiologie.

Ces disciplines ont, sans que je ne l’ai cherché consciemment, un lien fort avec mon travail. Ce lien m’a surpris, débordé, fasciné aussi. Je pense, avec Camus, que «l’œuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret » et si aucune idée ne devance mes gestes dans leur rapport à la matière, mes intentions se transforment en cours de réalisation pour suivre ce « coefficient d’art » cher à Marcel Duchamp. Alors, pour reprendre les mots de Merlault-Ponty, ma pratique me semble donner une « existence visible à ce que la vision profane croît invisible ».